Action publique et initiative citoyenne : les centres sociaux.

Les centres sociaux « articulent action publique et initiative citoyenne »
A quoi servent les quelque 2.000 centres sociaux présents sur le territoire ? D’après une enquête publiée le 24 novembre, un centre social sert : à rendre service aux familles, à favoriser les rencontres, à susciter des initiatives ou encore à faciliter le lien entre les pouvoirs publics et les habitants, notamment dans les territoires les plus en difficulté.
La Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) et la Fédération des centres sociaux de France (FCSF) ont rendu publics, le 24 novembre, les derniers résultats de leur observatoire des centres sociaux. S’appuyant sur une enquête qui a bénéficié des réponses de 1.282 structures, implantées dans quinze territoires (1), ce travail valorise également des actions très concrètes menées par des centres sociaux, décrites sous la forme de fiches dans un système d’échange national des centres sociaux (Senacs).

De quoi brosser le portrait de ces équipements de proximité, dont l’action est tout à la fois « essentielle et méconnue » pour Daniel Lenoir, directeur général de la Cnaf.
En 2015, on recense 2.171 centres sociaux agréés, sur un total de 3.088 « structures d’animation de la vie sociale » (2) soutenues par la Cnaf. Les données de l’enquête portent sur 2013 et uniquement sur les 1.282 centres sociaux répondants.
Ces derniers se trouvent principalement en milieu urbain (82% des centres), dans des quartiers de la politique de la ville (76%). La majorité des centres sociaux (64%) ont un statut associatif, 28% sont gérés par la commune – ou, parfois, par l’intercommunalité – et certains (6%) sont pilotés par la CAF.

Les centres sociaux fonctionnent avec quasiment autant de bénévoles que de salariés – en moyenne, respectivement 30 et 33. Aux bénévoles « d’activité », s’ajoutent les habitants qui sont associés à l’instance de pilotage ; ils sont 17 par centre en moyenne. 91% des centres possèdent ainsi une ou plusieurs instances associant les habitants (conseil d’administration, comité d’usagers, …).

Les structures disposent d’un budget moyen de 633.817 euros (masse salariale comprise), financé par les communes et les intercommunalités (50%), les CAF (26%), les usagers (9%) et, de façon plus marginale, l’Etat, les départements et les régions.

Trois dimensions : individuelle, collective et citoyenne
Que font les centres sociaux de ces ressources ? « Ils développent d’abord du lien et de l’engagement », répond François Vercoutère, délégué général de la FCSF. Pour ce réseau qui fédère quelque 1.200 structures, un centre social est une maison en trois dimensions. Il possède une dimension individuelle : on vient d’abord exprimer un besoin, rechercher un service ou s’intéresser à une activité proposée. Très vite, ceux qui fréquent le centre vont être impliqués dans une dimension collective : ils rencontrent d’autres personnes, échangent, montent ensemble des projets. Et la dimension citoyenne n’est alors pas très loin : on s’implique dans la gouvernance du centre, on se préoccupe de l’avenir du quartier et de la ville, on apporte sa contribution.

La vocation du centre social, d’après le rapport de l’enquête 2015, c’est de se mettre « à l’écoute des besoins de son territoire », de construire un « projet social » et de permettre aux habitants d’être acteurs. Un état d’esprit qu’illustre bien la variété des projets valorisés le 24 novembre.

Ainsi le centre social « le Pari’s des faubourgs » à Paris, qui accueillait la conférence de presse, organise des ateliers socio-linguistiques. Pour que de jeunes mamans puissent y participer, le centre propose simultanément un service de garde de bébés. A Bagnolet (Seine-Saint-Denis), des jeunes de 9 à 19 ans du centre Guy-Toffoletti ont créé un journal pour valoriser la vie de leur quartier et lutter contre les clichés. Après les attentats de janvier 2015, le centre social Carré d’as de Morlaix (Finistère) a organisé une semaine d’expression et de débat autour de la liberté d’expression.

Animer la vie sociale et lutter contre l’exclusion
Les centres sociaux ont pour objectif de lutter contre l’exclusion (84% d’entre eux développent des actions liées à l’accès au logement, à l’emploi et aux droits sociaux), de favoriser l’accès à la culture (93% mènent des projets d’éducation artistique, de valorisation des cultures, etc.), l’intégration (62% des centres proposent des ateliers d’apprentissage du français), le bien-être et l’estime de soi (84%).

Pour mener à bien ces actions, huit centres sur dix travaillent en partenariat avec d’autres acteurs du territoire (bailleurs, associations, élus et services de la politique de la ville, bibliothèques, musées, etc.).

Les actions sont principalement dirigées vers les familles, les enfants et les jeunes. Outre leur rôle d’animation de la vie sociale (loisirs, activités culturelles et sportives…), les centres sociaux proposent souvent une aide aux devoirs (dans le cadre des Clas, contrats locaux d’accompagnement à la scolarité) et un appui aux parents (avec les Reaap, réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents). La moitié des centres apporte aussi un appui à l’insertion professionnelle des adultes.

Un centre social accueille en moyenne onze associations
Et demain, que vont devenir les centres sociaux ? Vont-ils être davantage valorisés parce que l’on découvre qu’ils contribuent à la prévention de la radicalisation des jeunes ? En attendant, la présidente de Pari’s des faubourgs alerte sur la réduction des moyens qui réduit les capacités d’une partie des centres. Elle ajoute qu’on leur demande de cibler prioritairement les primo-arrivants, qu’ils ne veulent pas « être utilisés ».

Les centres sociaux aspirent plutôt à demeurer des lieux d’accueil ouverts à tous, à adapter leur projet au fil des besoins, à continuer à accompagner la prise d’initiative des habitants. Un peu dans la logique des « fabriques d’initiatives citoyennes », que le gouvernement semble vouloir encourager (voir ci-contre notre article du 3 novembre 2015).

Quelque 14.000 associations sont accueillies par les centres sociaux, soit onze associations par centre en moyenne. Pour Eric Desroziers, conseiller technique à la Cnaf, cela montre bien la capacité des centres sociaux à « aider les habitants à gérer directement leur projet, à créer une association, à s’autonomiser ».

La moitié des centres membres d’instances de démocratie participative
Quant au rôle des centres sociaux dans la mise en place des conseils citoyens, il dépend du « positionnement » de la structure sur son territoire, du « lien avec la municipalité », du degré de « confiance », précise François Vercoutère. Les centres sociaux sont « concernés d’une façon ou d’une autre », ajoute-t-il. Une douzaine de centres ont en outre été impliqués dans l’expérimentation des « tables de quartier » qui, pour François Vercoutère, prépare un peu le terrain aux conseils citoyens. En outre, la moitié des centres sociaux sont déjà membres d’instances de démocratie participative, des conseils de quartier le plus souvent.

Du point de vue des statuts, enfin, les CAF qui gèrent encore une centaine de centres devraient progressivement transférer cette gestion à une association ou à une collectivité, précise Daniel Lenoir. Ce dernier a une « préférence pour le modèle associatif », qui matérialise davantage l’implication des usagers. Pour M. Dialo, directeur du centre social – municipal – de Bagnolet, les structures municipales ont l’avantage d’avoir un « personnel quasi garanti », mais ne sont pas toujours totalement libres.

Ce que la Cnaf et l’ensemble des partenaires des centres sociaux s’attacheront sans doute à préserver, c’est cette « originalité » d’une mission qui consiste finalement, selon François Vercoutère, à « articuler l’action publique et l’initiative citoyenne ».

 Caroline Megglé

(1) Il s’agit de quinze régions et départements : l’Auvergne, les Bouches-du-Rhône, la Bretagne, l’Aquitaine, l’Ile-de-France, le Limousin, Midi-Pyrénées, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, le Nord, le Pas-de-Calais, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes, le Centre, la Normandie (Eure).
(2) Les quelque 900 « structures d’animation de la vie sociale » qui ne sont pas des centres sociaux correspondent à de plus petites associations – des foyers ruraux par exemple – qui sont accompagnées, au titre de leur mission d’animation de la vie sociale, par des conseillers techniques des CAF. Certaines de ces structures peuvent être amenées à devenir des centres sociaux, conçus comme des équipements plus importants et disposant d’un financement spécifique en lien avec un projet agréé par la CAF. En tout, les 3.088 structures bénéficient du soutien des CAF à hauteur de 350 millions d’euros, soit 6,6% des dépenses d’action sociale de la branche famille.

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